Lucas Roxo : journaliste en résidence (2016-2017)

Ce blog a failli s’appeler « Roubaix ou rien ». Si si, je vous jure.

Si l’on met de côté la volonté de donner une caution #swag à ce site en plagiant le groupe de hip-hop français le plus écouté du moment, je voulais que le choix du titre insiste sur la singularité de Roubaix. Roubaix ou rien, c’était l’idée que cette ville n’est comparable à aucune autre, que ses jeunes reflètent l’étonnante complexité de la société française, et que son traitement médiatique est pour le moins…

Pour le moins quoi, d’ailleurs ? Avant d’arriver ici, un rapide tour sur divers sites de recherche, de Google Actus aux archives de l’INA, montre que la ville de Roubaix est généralement absente des flux d’infos nationaux, sauf à deux moments de l’année : les élections, et la course cycliste Paris-Roubaix. Dur de dresser un portrait-type d’une métropole sur ce constat. Pour autant, les jeunes roubaisien.ne.s répondent aisément, à la question « quelle est l’image de votre ville dans les médias ? » : c’est la ville la plus pauvre de France.

Que cela soit vrai ou non, que cela soit légitime ou non, il est difficile, dès lors, de se construire jeune adolescent face au miroir réfléchissant négatif que représentent parfois les médias, lorsque l’on vit à Roubaix. C’est ce miroir que nous avons tenté de déconstruire, pendant 4 mois et des poussières, avec un mot d’ordre : se réapproprier les médias.

Se réapproprier les médias, cela veut dire deux choses. La première, c’est reconstruire un rapport critique à l’information alors que celle-ci n’a jamais été aussi éclatée, menacée, contestée, à la fois impalpable et partout à la fois. Premier temps qui entraîne la responsabilisation individuelle, le fait de se rendre compte qu’on peut choisir les médias qu’on lit, regarde, écoute (et que cela nous fait du bien, souvent).

La seconde, c’est la conviction que les médias appartiennent à tou.te.s – ou du moins, devraient appartenir à tou.te.s -, et qu’il est important de s’en saisir. Que la profession journalistique est trop homogène, et qu’il faut changer ça. De l’intérieur, ou de l’extérieur. Que la clé réside dans notre capacité à prendre la parole.

C’est pourquoi, finalement, ce blog s’appelle « L’école du micro d’enfant ».

(Parce que si référence hip-hop il y a, autant qu’elle vienne de l’âge d’or du rap français).

Lucas Roxo

Biographie

Lucas Roxo est un journaliste et documentariste franco-portugais, né en 1990.

Il est diplômé de l’Institut d’Études Politiques de Lille et de l’École Supérieure de Journalisme de Lille. Après quelques expériences dans la presse traditionnelle (La Voix du Nord, France Info), il réalise en 2013 le documentaire transmédia “La marche d’après – 30 ans de combats pour l’égalité”, qui évoque l’héritage de la marche pour l’égalité et contre le racisme de 2013.

Passionné par les problématiques urbaines et migratoires, il est également l’auteur de nombreux reportages en France, au Brésil et au Portugal. En 2014, il réalise ainsi une série de documentaires radiophoniques sur les 40 ans de la révolution portugaise, et couvre les manifestations qui secouent le Brésil pendant la Coupe du monde de football. Depuis le début de l’année 2015, il développe des ateliers d’éducation à l’image et aux documentaires dans différents quartiers populaires, à Lille, Paris et Créteil, auprès d’enfants, de jeunes et d’usagers de drogues.

Intervention radio

Il est aussi le coordinateur de la webradio Lille en quartiers, média participatif qui tente de donner la parole aux habitants de Lille-Sud. Il vient d’achever son premier court-métrage intitulé “Sinto a tua falta (Je ressens ton absence)”, qui revient sur le passage de la frontière franco-portugaise de sa grand-mère, en 1971, et qui a été réalisé dans le cadre d’une résidence à Périphérie, en Seine-Saint-Denis.

Son travail témoigne d’une réelle réflexion sur l’image, dans la sphère publique, des enfants de l’immigration. Il s’interroge ainsi sur la manière de déconstruire les préjugés autour des quartiers en travaillant sur la prise de parole et la réappropriation des médias par les habitants.